Françoise Mallet-Joris

  • ... parce que tu comprends, je voudrais jouer de l'accordéon, mais je ne voudrais pas en jouer bien. Ce que je voudrais c'est jouer à l'arrière-plan, pendant que les gens chantent ou dansent, jouer seulement pour les mettre en train... On ne peut pas espérer que les gens lisent vos livres en frappant dans les mains : d'où cette brusque nostalgie. L'accordéoniste populaire, celui qui fait les bals, ce n'est pas très important qu'il joue mal, qu'il fasse des fautes. S'il est fatigué, un autre le remplace. Il est interchangeable. Indispensable et interchangeable. Voilà mon paradoxe, mon idée fixe. J'ai une balance dans la tête et un volcan dans le plexus. Je ne suis jamais parvenue à concilier les deux. C'est ça le rêve de l'accordéon. Le désir de voir danser, de faire danser, de déchaîner le joyeux volcan de la fête, mais tout de même sans y participer directement, parce que ça finit par des vitrines cassées, des gueules de bois et des regrets. Un déchainement harmonieux. Un défoulement qui soit en même temps d'une exquise justesse. Allez vivre tranquille avec des rêves pareils. ... Non, ce qui me conviendrait, ce serait de me fondre dans un ensemble. Une chorale, un orchestre, un groupe... Mais un groupe harmonieux. Et si je fondais une chorale des Goncourt ?... Ça pourrait être magnifique, ce choeur de voix d'hommes. Moi, naturellement, je jouerais de l'accordéon. ... Pour être aimée en tant que jouant de l'accordéon, c'est-à-dire au titre de ma fonction. Pour être aimée tout en restant "à l'écart sur une chaise". Pour être aimée au nom de l'amour, tout simplement.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • De la jeune Hélène du Rempart des béguines au petit enfant muet d'Allegra, tous les héros de Françoise Mallet-Joris ont laissé dans notre mémoire un souvenir qu'elle a su rendre inoubliable. En suivant Dickie-Roi, « L'Archange de la Chanson », une toute jeune fille, Pauline, va connaître une véritable éducation sentimentale. Aux couleurs de la tendresse, de l'humour et de la lucidité, Dickie-Roi est le roman de notre époque et de ses mythes.

  • L'idée de rendre hommage, geste d'amitié à travers le temps, à Marceline Desbordes-Valmore, m'obsédait. Déjà, Baudelaire, Barbey d'Aurevilly, Verlaine, Rimbaud, puis Aragon, Robert Sabatier, s'y sont essayés. Cette femme poète, la première des romantiques, qui n'a pas hésité à chanter le désespoir d'un amour interdit, non plus que la révolte contre le pouvoir, fut saluée par Vigny, Lamartine, Hugo. Ses contemporains. Voilà des raisons plus que suffisantes pour aller à sa rencontre. Il ne s'agit pas de retracer sa vie ; il s'agit de faire revivre Marceline, mais aussi de faire revivre l'envie d'écrire de deux petites filles flamandes, elle et moi, dire l'importance pour elle, pour moi, de sa mère, de la mienne, la joie du premier enfant, le regret d'une amitié qu'on a laissée passer, le souvenir d'un beau texte, et d'un fou rire inattendu. Révélateur, pierre de touche, Marceline n'est pourtant pas mon modèle : elle est inimitable. Elle me révolte, me bouleverse, m'exaspère parfois - je ne cesse pas de l'aimer, ni de l'admirer pour autant. Elle me déconcerte aussi - alors je me retourne vers mon passé. Étais-je ainsi ? Ai-je vraiment écrit cela ? Et je me déconcerte moi-même.

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